Présidence de la CENI : Denis Kadima Kazadi entériné à l’assemblée nationale

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* C’est par un vote à main levée que le nom de Denis Kadima Kazadi a été entériné, sans le consensus, avec lui, douze autres personnalités issues de la majorité et de la société civile validées au cours d’une plénière sous haute tension

Denis Kadima Kazadi désigné à la tête de la CENI 

Presque deux mois de tâtonnements. Deux mois pour tenter d’arrondir les angles. A la fin, aucun consensus possible. L’assemblée nationale a été obligée de décider. Ce sera donc Denis Kadima Kazadi, le prochain président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Samedi dernier, au cours d’une séance plénière surchauffée, les députés ont entériné la candidature de cet expert Congolais en matière électorale. Candidat proposé par l’église kimbanguiste, soutenu par six des huit confessions religieuses appelées à statuer au regard de la loi organique sur la CENI, Denis Kadima Kazadi a bénéficié du soutien appuyé de la majorité parlementaire. C’est par un vote à main levée que son nom a été entériné. Avec lui, douze autres personnalités issues de la majorité et de la société civile ont vu leur désignation validée. C’est une étape majeure franchie dans ce processus, mais les contestations sont vives côté opposition et même au sein de la majorité pro-Tshisekedi.

Malgré le forcing des diplomates accrédités en RDC, malgré les menaces de Lamuka et du FCC, ainsi que des tentatives de blocage pour empêcher le vote, malgré le tintamarre créé avec des sifflets, Mboso N’Kodia Pwanga, président de la chambre basse du Parlement, est resté imperturbable. Droit dans ses bottes, tête baissée, yeux rivés sur ses notes, il a déclaré entérinée par l’assemblée plénière la liste telle que présentée par la « commission paritaire » dirigée par le député UDPS André Mbata, également président de la commission politique, administrative et juridique (PAJ) de la chambre basse du parlement, malgré l’absence de consensus. Pour le député de la majorité présidentielle, l’UDPS André Mbata, l’Assemblée nationale s’est acquittée d’un devoir.

« Lorsque l’assemblée nationale doit s’acquitter de sa mission, est-ce que c’est un forcing ? Dans les prochains jours, le président de la République pourra prendre une ordonnance présidentielle pour investir les membres de la CENI qui viennent d’être entérinés », a-t-il déclaré.

Cap vers les élections

Denis Kadima devra attendre que le président de la République signe l’ordonnance de son investiture avant de remplacer officiellement Corneille Nangaa à la tête de la centrale électorale. A moins d’un séisme, Félix Tshisekedi ne devrait pas retourner sa copie à l’assemblée nationale, comme il l’avait fait l’année dernière avec Jeanine Mabunda, après l’entérinement de Ronsard Malonda par une plénière majoritairement FCC. A l’époque, Félix Tshisekedi avait invoqué le manque de consensus entre confessions religieuses pour ne pas investir l’expert électoral Ronsard Malonda. A l’époque et comme aujourd’hui, c’étaient encore la CENCO et l’ECC, qui étaient opposées au choix du groupe des six dirigé alors par Sony Kafuta.

On voit tout de même très mal Félix Tshisekedi ne pas respecter le choix de sa propre majorité parlementaire. Des députés Union sacrée n’ont pas hésité samedi 16 octobre, dans la salle de congrès, d’esquisser quelques pas de danses pour saluer leur victoire. Difficile que Félix Tshisekedi leur réserve une douche froide. Ce d’autant plus que 2023 approche à grands pas. Le processus doit absolument se mettre en branle si l’on veut respecter le cycle électoral et éviter un glissement. Des fissures dans l’USN

La victoire de l’Union sacrée de la nation sur l’opposition politique, si victoire il y a, va toutefois laisser des traces au sein même de la majorité. Des frustrés ne manquent pas à commencer par « Ensemble pour la République » de Moïse Katumbi qui ne fait pas mystère de sa réprobation quant au « manque de transparence » du processus.

Ils dénoncent la désignation de Paul Muhindo, l’un des leurs au poste de rapporteur adjoint de la CENI, sans accord des instances de leur parti. Les pro Katumbi dénonce un cas de “fraude” et de “débauchage”.

« Il n’y a pas eu compromis, nous ne comprenons pas comment l’un de nous se retrouve sur cette liste. Il y a fraude, corruption et débauchage. L’acte qui a été posé dans le sens de cet entérinement, c’est un acte tout à fait crapuleux. Des choses pour lesquelles on manque même de qualificatifs », a tempêté Dieudonné Bolengetenge, secrétaire général du parti de Katumbi, Ensemble pour la République.

Cependant, quelques députés des deux groupes parlementaires proches de Moïse Katumbi ont déjà fait savoir qu’ils n’entendaient pas accompagner le leader katangais dans ses récriminations contre la démarche ayant abouti à l’entérinement des membres de la CENI.

Des observateurs avertis notent que Moïse Katumbi risque de perdre un bon nombre de députés, qui pourraient déclarer leur soutien à Félix Tshisekedi plutôt que de suivre le président d’Ensemble dans sa nouvelle croisade contre un nouveau « faux pénalty ». On suivra par ailleurs avec intérêt la réaction de l’opposition politique qu’incarnent Lamuka du duo Fayulu – Muzito et le FCC fidèle à Joseph Kabila. On sait déjà que Martin Fayulu a promis de faire appel à la rue pour manifester son opposition à ce qu’il qualifie de « politisation » de la CENI. Le FCC a, lui aussi, dénoncé une prise de contrôle de la CENI par le camp présidentiel et a promis de « grandes actions », même s’il lui sera difficile de mobiliser

Le député de la coalition pro-Kabila, Félix Kabange Numbi très en colère a déclaré : « Ça, c’est la pensée unique qui continue. Nous ne pouvons pas comprendre que dans une séance plénière qu’on ait identifié 145 députés et qu’on tienne une séance d’entérinement du bureau de la CENI. Nous avons été attaqués et ça, c’est très grave. On a laissé entrer ces hommes armés à l’intérieur de l’hémicycle et qui ont touché même à l’intégrité physique des députés du FCC. Nous disons non ! (…) Nous invitons le peuple congolais à se prendre en charge, car si c’est dans ce climat que se dérouleront les élections de 2023, nous pouvons y mettre une croix. Nous appelons à un large consensus national. »

De son côté, la Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO par la voix de l’Abbé Donatien Nshole a appelé le président de la République à prendre ses responsabilités.

« C’est la toute première fois que la contestation d’un candidat président de la CENI atteint les proportions du cas de Denis Kadima. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Nous voulons des élections apaisées, crédibles et nous sommes convaincus qu’avec Kadima, on ne les obtiendra pas », a déclaré le secrétaire général de la CENCO.

Kumbu Mona

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