12 octobre 1989 – 12 octobre 2022 : Ressuscite Luambo, et chante-nous la quatrième république!

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S’ «il» était encore là, il nous aurait chanté la quatrième république, avec tous ses méandres, déboires et réalités : phénomène chégué, phénomène kuluna, phénomène wewa, phénomène bombe (même chez les hommes en uniforme), phénomène zododo, phénomène kuluna en cravate, phénomène IGF (Inspection générale des finances) avec la traque contre les détourneurs des deniers publics, phénomène sur l’inconstance et le vagabondage politiques, le divorce politique FCC-CACH, la guerre dans l’Est de la RDC, les nominations dans les entreprises et la diplomatie, l’incompétence de certains gouvernants, les travaux de voirie qui ne finissent jamais, les élections à venir…

« Il », c’est François Luambo Lua Ndjo Makiadi Lokanga la Dju Pene, connu sous les noms de Luambo Makiadi Franco alias Grand Maître ou encore Franco demi Amor, décédé depuis le 12 octobre 1989. A ce jour, il totalise 33 ans dans l’au-delà, mais son nom retentit toujours dans la mémoire des congolais, en particulier les nostalgiques, pour sa manière de peindre les faits des sociétés. « S’il était encore là, Franco nous aurait sûrement décortiqué tous ces phénomènes que nous vivons dans notre société congolaise, en commençant par les kulunas en cravates jusqu’à finir par les kulunas qui sèment la terreur et la désolation au sein des populations kinoises, au vu et au su des autorités compétentes », a confié Papa Paul Matondo Kuanzambi, sexagénaire de son état, à mediacongo.net, en guise de témoignage.

Pour lui, Luambo Makiadi fut un véritable peintre de ls société congolaise. Et cela lui a même valu plusieurs interpellations et arrestations, du vivant de feu Maréchal Mobutu. « Contrairement aux étudiants qui apprennent la peinture ou l’art graphique dans une école d’art, de peinture ou d’architecture, feu Luambo savait peindre la société à sa manière, à travers ses inspirations. Pour cela, il ne cessait de composer des chansons qui dénonçait de manière intelligente et voilée, des situations vécues par la société (vol, détournement, incapacité des acteurs politiques, vagabondage, adultère…), ce qui lui a valu des cas d’emprisonnement, malgré sa force et ses relations vis-à-vis de feu Maréchal Mobutu », a soutenu notre interlocuteur.

A en croire Papa Paul Matondo, toutes les chansons de feu Luambo interpellaient les consciences, en permettant aux antivaleurs de se retrouver : « Ba botoli tonga (traduisez : on a récupéré l’aiguille), allusion faite aux différents remaniements politiques opérés par feu Marécal Mobutu ; « Mario »pour interpeller les gigolos qui trouvaient la vie facile auprès des femmes sexagénaires ; « 12.600 lettres », pour dénoncer les maux rapports entre les femmes mariées et leurs belles-familles ; « NON » et « LAILA », pour encourager le comportement des femmes qui résistent aux avances des dons juans ; « Attention na sida », pour interpeller sur les méfaits du Sida ; « Luvumbu ndoki », pour qualifier le comportement du colonialiste belge vis-à-vis du colonisé congolais ; « Mandola », pour encourager les héritiers aux études, au lieu d’attendre les richesses légués par leurs défunts parents ; « To koma ba camarades », pour expliquer qu’après que votre ancienne concubine trouve un nouveau mari, il ne faut l’importuner ; « Kimpa ki sangameneune kuna zulu », pour interpeller les sorciers ; « Candidat na biso Mobutu », pour soutenir la ca,didature unique de feu Maréchal Mobutu à l’élection présidentielle …, pour ne citer ces quelques chansons.

Au regard de toutes ces chansons composées pour interpeller les consciences des uns et des autres, Papa Paul Matondo croit dur comme fer, que Luambo aurait certainement dénoncé les antivaleurs qui caractérisent la société congolaise du moment. « Malheureusement, Luambo Makiadi ne reviendra jamais sur terre. Malheureusement aussi, le pays n’a pas eu la chance d’avoir un autre Luambo en guise d’héritage, pour la simple raison que l’homme a emporté avec lui, tout le secret musical qu’il incarnait. Ma prière est qu’il ressuscite comme le Seigneur Jésus-Christ, afin de nous peindre la quatrième république, mais hélas, ma prière n’aura pas d’échos  », a regretté Papa Paul Matondo, avec un cœur brisé, face aux réalités que vivent les congolais au quotidien, particulièrement les Kinois.

A savoir

Pour rappel, François Luambo Lua Ndjo Makiadi Lokanga la Dju Pene est né le 6 juillet 1938 à Sona-Bata au Kongo-central et mort le 12 octobre 1989 à Mont-Godinne en Belgique. Compositeur et chanteur, il reste le plus prolifique des compositeurs congolais. Il fabrique sa propre guitare à l’âge de sept ans. Son père meurt quatre ans plus tard et Franco abandonne l’école pour subvenir aux besoins de sa famille. Il fait ses débuts professionnels à 12 ans, dans un groupe nommé Watam (« Les délinquants »). Son frère Bavon Nsiongo fut aussi célèbre comme musicien et auteur-compositeur. En 1956, après la fondation du groupe TP OK Jazz, Franco commence à jouer dans les fêtes ou concerts.

Il chante souvent dans sa langue maternelle, le kikongo, plutôt qu’en lingala. En 1958, il écrit Mukoko pendant qu’il est en prison pour « conduite dangereuse ». La chanson est interdite par les autorités coloniales pour ses allusions à la décolonisation. Son album de 1966 Luvumbu Ndoki est interdit et la plupart de ses copies sont détruites. En 1979, Franco est emprisonné pendant plus d’un mois, accusé d’écrire des « paroles obscènes ».

Au milieu des années 1970, Franco se déclare musulman et modifie son nom en Abubakkar Sidikki avant de revenir vers la foi catholique. Toutefois, il n’observera jamais les préceptes de la foi islamique et continuera d’être connu sous le nom de Franco. En 1974, TP OK Jazz et Franco participent au festival Zaïre 74, organisé à l’occasion du combat de boxe entre Mohamed Ali et George Foreman, à Kinshasa3. En 1976, il est décoré comme Officier de l’Ordre national du Léopard. En 1977, Franco fait partie du FESTAC 77, un festival des cultures et arts noirs et africains qui se tient à Lagos, au Nigeria, et réunit près de 60 pays.

Proche à feu président Mobutu Sese Seko, il est nommé « Grand Maître » de la musique zaïroise de l’époque. En 1987, une rumeur court que Franco est sérieusement malade. Cette année, il sort un disque intitulé Attention na SIDA (« Attention au SIDA » en lingala). Certains en déduisent qu’il est séropositif.

Il meurt le 12 octobre 1989 aux Cliniques de l’Université catholique de Louvain Mont-Godinne en Belgique. Son corps est rapatrié au Zaïre et un deuil national de quatre jours est tenu. Une statue a été érigée à Kinshasa en 2015 à la place des artistes au rond-point Victoire, en sa mémoire.

José Wakadila

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