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RDC : la thèse de l’assassinat de Chérubin Okende remise en cause

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Le procureur général près la Cour de cassation a annoncé jeudi que l’opposant s’était suicidé, contredisant les images qui avaient circulé montrant le corps de Chérubin Okende criblé de balles au volant de sa voiture.

C’est un coup de tonnerre dans le dossier d’enquête sur la mort de l’opposant Chérubin Okende, retrouvé mort, le 13 juillet 2023, dans son véhicule stationné le long de l’avenue des Poids-Lourds, à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). La veille, son parti, Ensemble pour la République, dirigé par Moïse Katumbi, s’était inquiété de sa disparition devant la Cour constitutionnelle et avait dénoncé un probable « enlèvement ».

Jeudi 29 février, le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, a annoncé qu’après « le recours aux experts en balistique, en télécommunications, après autopsie et analyses toxicologiques, Chérubin Okende s’est suicidé ». Pour appuyer son propos, le procureur a fait état d’un mystérieux carnet, jamais évoqué jusqu’alors, qui aurait appartenu à Chérubin Okende et dans lequel celui-ci se serait dit « au bout du rouleau ».

Ces déclarations contredisent des images qui ont circulé sur les réseaux sociaux peu après la découverte du corps de Chérubin Okende, assis sur le siège conducteur de sa voiture, le torse ensanglanté, criblé de balles. Personne ne remettait en cause la thèse de l’assassinat de cette personnalité politique de premier rang, proche de Moïse Katumbi, le principal opposant au président Félix Tshisékédi, réélu le 20 décembre pour un deuxième mandat. Le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, déclarait d’ailleurs avoir « appris avec effroi l’assassinat ». « Tout en condamnant cet acte odieux, [le gouvernement] a instruit tous les services de sécurité de faire diligence pour une enquête minutieuse », ajoutait-il. Le procureur annonçait aussi, le jour de la découverte du corps, l’arrestation « d’un premier suspect », précisant que les témoignages recueillis ne permettaient pas de dire « qui serait le criminel et d’où il est venu ».

Un climat politique préélectoral très tendu

Seuls faisaient donc débat les motivations et les auteurs de cet acte intervenu dans un climat politique préélectoral très tendu. Preuve d’un dossier très sensible, Stanis Bujakera, directeur adjoint du média en ligne Actualité.cd, correspondant de l’agence de presse Reuters et du magazine Jeune Afrique, croupit depuis le 8 septembre 2023 dans la prison de Makala, à Kinshasa. Le journaliste est accusé « d’avoir fabriqué et distribué » une note des renseignements civils incriminant les renseignements militaires dans « l’assassinat » de Chérubin Okende. L’article de Jeune Afrique reprenant cette note n’était pourtant pas signé de Stanis Bujakera. A ce jour, tous les appels pour sa libération et toutes ses demandes de mise en liberté provisoire ont été rejetés. Reporter sans frontières considère qu’il est « incarcéré sur la base d’accusations complètement mensongères ».

Ce précédent risque de refroidir les ardeurs investigatrices des journalistes congolais. D’autant que, jeudi, le procureur a terminé son propos étayant le suicide par une menace à peine voilée à leur encontre : « J’invite les journalistes à faire moins de commérage [sinon] le ministère public peut trouver que vous avez franchi le bord du tolérable [et] nous pouvons vous mettre la main dessus ! »

Les conclusions du procureur général ont scandalisé les proches de Chérubin Okende. « Cette version du parquet est aberrante et cherche à maquiller quelque chose », avance Hervé Diakiese, porte-parole d’Ensemble pour la République. « C’est un crime d’Etat et ce même Etat tente de couvrir les criminels », a dénoncé Olivier Kamitatu, directeur de cabinet de Moïse Katumbi. Les deux hommes s’étonnent de la non-publication des résultats de l’autopsie. « Rien n’a été communiqué, pourtant seuls les médecins légistes peuvent se prononcer sur les causes de la mort », rappelle Hervé Diakiese. Cet avocat souligne que, « légalement, un suicide signifie qu’il n’y a pas lieu à des poursuites pénales ». Autrement dit : dossier clos.

La dernière communication officielle sur l’enquête, avant celle de jeudi, concernant la mort de Chérubin Okende remontait au 19 juillet. Elle évoquait la participation de divers experts congolais mais aussi belges et sud-africains. « S’ils [les experts] gardent le silence, ils prennent le risque d’être impliqués dans ce maquillage révulsant de la vérité », s’emporte Olivier Kamitatu. « La justice congolaise dissimulant la vérité, nous ne pouvons compter dorénavant que sur l’utilisation d’autres moyens, extranationaux », déclare Hervé Diakiese.

Confrontée au silence des juges d’instruction, la famille de Chérubin Okende a en effet déposé une plainte, à Bruxelles, début novembre, contre Christian Ndaywel, général et chef d’état-major adjoint chargé des renseignements militaires congolais, dont le nom a été cité dans la mort de l’opposant. Le militaire possède en effet la nationalité belge. Ce qui, selon Alexis Deswaef, avocat des proches de la victime, donne compétence aux tribunaux belges pour mener une enquête et le cas échéant, juger l’intéressé.

Alexis Deswaef a également annoncé jeudi son intention de « demander officiellement dans les prochains jours des explications au ministre belge de la justice concernant le résultat des expertises afin de savoir s’ils ont avalisé la thèse tellement ahurissante du suicide ».

Avec le MondeAfrique

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