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Disparition de la diversité végétale de l’Afrique : MM. Abebe Haile et Yurdi Yasmi de la FAO appellent à la conservation des ressources phytogénétiques du continent (Communiqué)

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L’Afrique se trouve à la croisée des chemins. Autrefois célébré pour son incroyable diversité agricole – où les agriculteurs cultivaient des milliers de variétés uniques adaptées à chaque sol et à chaque climat – le continent assiste aujourd’hui à une érosion silencieuse de cette richesse génétique.


C’est pour tirer la sonnette d’alarme que M. Abebe Haile Gabriel, Sous-directeur général et Représentant régional de la FAO pour l’Afrique et M. Yurdi Yasmi, Directeur de la Division de la production et de la protection des plantes de la FAO ont appelé conjointement à une action urgente pour conserver les ressources phytogénétiques du continent.


En effet, le Troisième rapport sur l’état des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde (RPGAA) lance un avertissement clair : le patrimoine génétique végétal de l’Afrique, socle de sa sécurité alimentaire et de son héritage culturel, est en train de disparaître.


Sur l’ensemble du continent, plus de 70 pour cent des apparentés sauvages des cultures et des plantes alimentaires sauvages sont désormais considérés comme menacés – soit deux fois la moyenne mondiale.


Les variétés locales et les variétés paysannes, fruits de générations d’adaptation et de sélection, disparaissent à un rythme sans précédent. En Afrique subsaharienne seulement, 16 pour cent des 12 000 variétés locales et variétés paysannes recensées sont en danger, les cultures de base telles que le riz, le coton, l’igname, le sorgho et le mil étant les plus touchées.

Des progrès et des périls dans la conservation

L’Afrique a accompli des progrès dans la conservation des ressources génétiques. Dans 56 banques de gènes, environ 220 000 accessions provenant de près de 4 000 espèces sont conservées.

Mais ces avancées masquent des lacunes préoccupantes. Seuls 10 pour cent de ces collections sont correctement dupliquées à des fins de sécurité, exposant ainsi un matériel génétique irremplaçable aux risques de catastrophes naturelles ou d’instabilité politique.

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M. Yurdi Yasmi


Les apparentés sauvages et les plantes alimentaires sauvages – réservoirs essentiels de caractères favorisant la résilience face au climat – ne représentent qu’une faible part des collections : respectivement 14 pour cent et 7 pour cent.


Sans investissements accrus dans la régénération, la cryoconservation et la duplication de sécurité, l’Afrique pourrait perdre des gènes végétaux vitaux avant même que les scientifiques n’aient eu la possibilité de les étudier.

L’innovation existe, mais demeure fragmentée

Il est encourageant de constater que les scientifiques africains s’emploient à mieux intégrer les efforts de conservation et d’utilisation durable. Les pays ont indiqué que 44 pour cent de leurs accessions de ressources génétiques végétales ont été caractérisées, un chiffre nettement supérieur à la moyenne mondiale.


Cependant, de nombreux programmes de sélection continuent de s’appuyer principalement sur des caractères morphologiques, avec une adoption limitée d’outils moléculaires susceptibles d’améliorer la résilience et les qualités nutritionnelles des cultures.


Les efforts visant à valoriser les cultures sous-utilisées – y compris des denrées locales comme l’aubergine africaine et des espèces introduites riches en nutriments comme le moringa et l’amarante – témoignent d’une transition vers des systèmes alimentaires plus diversifiés et plus résilients.


Cependant, ces initiatives demeurent fragmentées et sous-financées.

Une crise des capacités

Le défi le plus persistant demeure celui des capacités humaines et institutionnelles. Seuls cinq pays d’Afrique subsaharienne disposent d’une stratégie nationale sur les ressources phytogénétiques. La documentation sur la conservation à la ferme et in situ reste limitée, et le partage de données entre institutions demeure fragmenté.


Les systèmes d’enseignement et de formation révèlent une tendance préoccupante : les programmes d’études supérieures consacrés aux RPGAA, sont absents dans 27 pour cent des pays, tandis que près des deux tiers ne disposent d’aucun programme au niveau secondaire.


À mesure que les experts qualifiés partent à la retraite, peu de jeunes professionnels sont formés pour assurer la relève, ce qui creuse un déficit critique de compétences.

Tracer la voie à suivre

Les recommandations du rapport sont claires. Les décideurs et les partenaires techniques et financiers doivent accorder la priorité à l’inventaire de la diversité végétale – sauvage et cultivée –, au renforcement des banques de gènes et à la duplication de sécurité, ainsi qu’à l’investissement dans des infrastructures modernes de conservation telles que les installations de cryoconservation.


Les gouvernements devraient élaborer ou actualiser d’urgence leurs stratégies nationales relatives aux ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, en s’appuyant sur de solides systèmes d’information reliant agriculteurs, banques de gènes, institutions de recherche et banques communautaires de semences.


L’investissement dans le capital humain est tout aussi essentiel. L’Afrique a besoin d’une nouvelle génération de généticiens végétaux, de sélectionneurs et de scientifiques spécialisés dans la conservation, soutenus par des programmes académiques solides, des partenariats régionaux et des perspectives de carrière stables.


Sans ce soutien, la mémoire institutionnelle et la capacité technique continueront de s’éroder.
Les ressources phytogénétiques de l’Afrique constituent le fondement de sa sécurité alimentaire future. Elles détiennent les clés de l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques, de l’amélioration en matière de nutrition et de la sauvegarde des moyens de subsistance.


Cependant, sans investissements coordonnés et durables, cette biodiversité disparaîtra – silencieusement et irrémédiablement.
Le continent doit se mobiliser autour d’une vision commune : conserver, régénérer et utiliser sa richesse génétique végétale au profit de tous.
Les semences de l’avenir de l’Afrique sont littéralement en train de lui échapper des mains.
La question est de savoir si le continent – et le reste du monde – agiront avant qu’il ne soit trop tard.

José Wakadila

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