Au cours d’une conférence de presse tenue le vendredi 27 septembre 2024 par le Réseau National des Observateurs Indépendants (RENOI), les organisations de la société civile Congolaise y compris les organisations membres du Mouvement pour la Justice Climatique, ont dénoncé l’exploitation illégale du bois par deux entreprises chinoises (COKIBAFODE et SCIFOR) dans le territoire de Bolomba.
Une exploitation tous azimuts
Cette alerte lancée par la Société Civile Congolaise vient s’ajouter à celle des notables du territoire de Bolomba à la suite de l’arrivée à Kinshasa, le 6 septembre dernier, d’une cargaison de 3300 mètres cubes, soit 900 grumes de bois coupé indûment par les entreprises COKIBAFODE et SCIFOR aux villages Elema et Likutu. « L’exploitation forestière constitue l’un des principaux moteurs de déforestation de nos forêts. Nous réitérons la demande de la Société Civile Congolaise, et appelons les autorités judiciaires à faire appliquer les dispositions de la loi en la matière et à saisir cette cargaison de bois », déclare Greenpeace Afrique.
La mystérieuse route du bois
Parmi d’autres irrégularités constatées, on dénonce le défaut de marquage de certaines grumes, ce qui rend le processus de traçabilité et contrôle difficile, ainsi que le non-respect des engagements contenus dans le cahier de charges en faveur des communautés locales. Hormis ces illégalités, la société civile a aussi révélé que les deux concessions de COKIBAFODE à Bolomba sont en conflit avec des concessions voisines, soit la concession 001/20 de COKIBAFODE en conflit avec SEFOCO CCF 016/11 et celle 002/20 en conflit avec MEGABOIS CCF 017/1. « Nous sommes scandalisés de constater qu’une compagnie continue à exploiter du bois dans une concession en conflit, en violation délibérée des droits des communautés locales à tirer bénéfice de leurs ressources. Ces abus prouvent une fois de plus la mauvaise gouvernance qui continue à caractériser le secteur forestier en République Démocratique du Congo », poursuit Greenpeace Afrique.
« En dépit des mesures précitées, le RENOI constate une continuité des activités d’exploitation industrielle de bois dans le secteur de Losanganya au vu et au su des autorités provinciales, de tous les instruments juridiques de la région. Le réseau constate avec amertume qu’une cargaison du bateau MB SCIBOIS II contenant environ 900 grumes de bois coupés dans les villages de Elema et Lukutu dans les groupements de Bonianga et Lingoyi, quitte la province sans être inquiétée. En plus dans une région là où ces deux entreprises n’ont plus le droit d’exploitation », s’est indigné Joseph Ndjilu, membre de RENOI.
La sonnette d’alarme sur l’acheminement de ces grumes de bois avait été tirée deux semaines passées par les notables de ce territoire de la province de l’équateur. Pour vérifier la véracité de faits, le REBNOI a effectué une mission de monitoring du 19 au 20 septembre dans les 4 ports de la commune de Maluku notamment, Terre jaune, Booming green, RÉGIDESO, SCIFOR et le port de Mososo.
La cargaison de bois en provenance de Bolomba, arrivée le 6 septembre 2024 au port de Maluku dans la capitale Kinshasa à bord du MB SCIBOIS, a ensuite été acheminée vers le port privé de Mososo dans la commune de la Nsele. Les organisations de la Société Civile craignent que cette cargaison ne soit escamotée et recommandent au Parquet Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete, de saisir ladite cargaison, afin de s’assurer qu’elle ne soit pas détournée vers une destination différente. Un principe de précaution à maintenir jusqu’à la clôture du dossier par jugement devant le tribunal compétent.
A savoir
En avril 2022, une revue légale a été diligentée par le gouvernement congolais via l’arrêté ministériel N°16/CAB/VPM-MIN/EDD/EBM/CMB-TSB-PDK/02/2022 pour inventorier tous les contrats de concessions forestières octroyées par la RDC à ce jour. Cette mission devrait également constater la conformité des contrats aux lois avant de proposer des poursuites judiciaires contre les sociétés détentrices de faux contrats de concessions forestières.
Au finish, le RENOI invite le gouvernement congolais à renforcer les missions des suivis et contrôle sur les activités d’exploitation de bois dans ce territoire, de transmettre les différents arrêtés portant résiliation, annulation et réhabilitation des contrats des concessions forestières au niveau provincial et local. Sur la base de ces données et informations, le RENOI a recommandé aux institutions judiciaires de veiller sur la cargaison pour qu’elle ne prenne pas une autre destination avant la conclusion du dossier.
José Wak.
