La motion de défiance visant le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a été rejetée le mercredi 29 avril à l’Assemblée nationale sans examen au fond, à la suite d’une motion incidente et préjudicielle du député Garry Sakata. 490 députés ont pris part à la plénière.
Déposée le 13 avril par Laddy Yangotikala, l’initiative dénonçait la dégradation de la situation sécuritaire, marquée par la recrudescence de la criminalité et des failles dans la coordination des services de sécurité.
En amont, Garry Sakata a qualifié la motion de « corrompue », évoquant la présence de signataires non députés, une surcharge de signatures et des soupçons de faux en écriture. Des arguments soutenus par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, qui a également invoqué le non-respect des procédures parlementaires.
Réagissant à la décision de la plénière, Laddy Yangotikala a refusé de parler d’échec. Devant la presse, il a soutenu que sa démarche n’était pas dirigée contre Jacquemain Shabani, mais visait à alerter sur la situation sécuritaire et sur ce qu’il considère comme une immixtion de l’exécutif dans les pouvoirs législatif et judiciaire. « Je n’ai pas échoué. Je crois qu’à partir de maintenant ils vont commencer à sécuriser la population. Je pense qu’ils ont compris », a-t-il déclaré.
Du côté de la majorité, le secrétaire permanent de l’Union Sacrée de la Nation (USN), André Mbata Mangu, a salué le rejet de la motion, félicitant les députés pour le respect de leurs engagements. Il a également loué la conduite de la plénière par le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, affirmant qu’il n’y avait eu « ni vainqueurs ni vaincus » et évoquant une « maturité démocratique ». Il a, par ailleurs, réaffirmé l’engagement de la majorité à lutter contre l’insécurité, qu’il attribue notamment à la gouvernance passée et à la situation à l’Est liée, selon lui, à « l’agression du Rwanda et de ses supplétifs de l’AFC/M23 ».
À l’opposé, dans l’opinion publique, la décision suscite de vives critiques. À Kinshasa, plusieurs habitants expriment leur déception face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de prise en compte des préoccupations sécuritaires.
« Nous comprenons que nos députés sont ailleurs, ils ne voient que leurs intérêts et la population n’est pas au centre de leurs débats », déplore un Kinois.
« Quand le Parlement devient une caisse de résonance du gouvernement, ceux qui sont censés contrôler deviennent ceux qui protègent… et le peuple est abandonné », ajoute un autre, sous anonymat.
Quelques heures avant la plénière, l’Union Sacrée de la Nation avait déjà appelé ses députés à voter contre cette motion, dans un contexte marqué par l’annonce d’un remaniement gouvernemental imminent par le président Félix Tshisekedi.
El.B.
