Le climat politique s’alourdit à Kinshasa et même à l’intérieur du pays Alors que l’Union Sacrée pour la Nation (USN) a officiellement lancé, au courant de ce mois d’avril 2026, un processus de collecte de propositions pour réviser la Constitution, Martin Fayulu passe à l’offensive.
Devant les étudiants de l’ISC-Kinshasa, le leader de l’ECiDé a transformé sa conférence en un véritable serment de résistance.
Le spectre d’un troisième mandat
Pour les analystes, la manœuvre de l’Union Sacrée ne laisse que peu de place au doute. Si le camp présidentiel invoque une Constitution « obsolète » et inadaptée aux réalités congolaises, l’opposition y voit une tentative désespérée de verrouiller le pouvoir.
Le nœud du conflit réside sans conteste dans l’article 220, que Fayulu qualifie de « fruit interdit ». Cet article, qui limite le nombre de mandats présidentiels, est perçu comme le dernier rempart contre une présidence à vie.
Réviser la Loi fondamentale dans un contexte de « chaos sécuritaire » à l’Est, marqué par l’agression rwandaise, est jugé par l’opposition politique et certaines organisations des droit de l’homme comme une manœuvre périlleuse qui pourrait fragiliser davantage la cohésion nationale.
L’éveil des partisans :
La rue comme rempart
Sur le terrain, la base de l’ECiDé n’attend pas les consignes pour donner de la voix. Dès l’annonce du projet, des mobilisations spontanées ont éclaté. À Kinshasa, la jeunesse l’ECiDé s’est déjà mobilisée à Kintambo Magasin, affirmant que l’alternance ne doit pas être un prétexte pour modifier les règles du jeu. En province, de Goma au Maindombe, les cadres et militants multiplient les points de presse et les actions de sensibilisation pour appeler la population à faire barrage aux velléités de l’UDPS.
Union Sacrée des Opposants :
Pour la première fois depuis longtemps, une unité d’action semble se dessiner. Martin Fayulu a récemment rencontré Moïse Katumbi pour coordonner la riposte, promettant une large coalition et des manifestations à travers tout le pays ainsi que dans la diaspora.
Un avertissement au frère d’hier
« S’il ose, il me trouvera sur son chemin. » Cette menace, bien que politique, est empreinte d’une amertume personnelle. En rappelant qu’il considérait autrefois Félix Tshisekedi comme un frère de lutte, Fayulu Madidi place le successeur de Joseph Kabila devant ses propres contradictions de l’époque Kabila.
Pour désamorcer la crise, l’opposant maintient son offre, à savoir : un dialogue national inclusif sous l’égide de la CENCO et de l’ECC. Sans ce consensus, la RDC semble s’engager sur une voie où la légitimité ne se discutera plus dans les hémicycles, mais se disputera dans la rue.
Philippe Dephill Lipo
