Le Président colombien, Gustavo Petro, demande le rapatriement immédiat de ressortissants de son pays expulsés par les États-Unis vers la République démocratique du Congo. Gustavo Petro dénonce une situation d’ostracisme après l’arrivée à Kinshasa, la capitale, d’un premier groupe de 15 migrants latino-américains transférés dans le cadre d’un accord conclu entre Washington et Kinshasa.

Dans un message publié sur le réseau social X, consulté par la Rédaction du journal la Référence plus mercredi 22 avril 2026, le chef de l’État colombien a indiqué avoir instruit à sa ministre des Affaires étrangères de faire revenir leurs ressortissants.
Des témoignages recueillis par le quotidien espagnol El País, font état que plusieurs migrants espèrent un retour rapide dans leurs pays d’origine, en dépit des menaces qui les avaient poussés à fuir leur patrie et à chercher refuge aux États-Unis. Et d’estimer que c’est une meilleure option pour eux au regard de la situation désagréable dans leur pays d’accueil.
Des témoignages points
Parmi ces expulsés, figure Jorge Cubillos, Colombien de 42 ans. A l’en croire, il aurait appris en centre de détention américain qu’il serait envoyé en République Démocratique du Congo.
« Nous étions enchaînés vers un pays que nous ne connaissions pas », a-t-il déclaré à son arrivée dans la capitale congolaise.
Un autre ressortissant colombien, nommé Carlos Rodelo, a relaté un transfert sous escorte, menotté, avec escales à Dakar puis Accra, recevant uniquement « un sandwich et de l’eau » durant le voyage.

Les 15 migrants arrivés la semaine dernière à Kinshasa sont de nationalités colombienne, péruvienne et équatorienne.
Ils sont hébergés dans un hôtel du faubourg de la capitale congolaise avec l’appui de l’organisation Internationale pour les migrations (OIM).
La RDC, un cas non isolé !
La République Démocratique du Congo n’est pas un cas isolé, unique. En acceptant temporairement sur son sol des migrants expulsés de pays tiers dans le cadre d’une opération financée par Washington. Kinshasa a rejoint ainsi plusieurs pays africains ayant déjà conclu des accords similaires avec les États-Unis. Notamment le Ghana, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Soudan du Sud et Eswatini.
Selon des estimations citées par des parlementaires américains, relayées par certaines sources fiables, ces derniers mois, Washington aurait engagé jusqu’à 40 millions de dollars pour ces accords, soit plus de 130.000 dollars par migrant expulsé en moyenne.
Quid de l’accord migratoire RDC -USA ?
L’accord entre Washington et Kinshasa, qui aurait été officialisé le 5 avril 2026, est un dispositif à la fois inédit et controversé au sein même de l’opinion nationale.
Il vise à faire de la RDC une terre d’accueil temporaire pour des migrants expulsés des États-Unis.
Accueil temporaire : Kinshasa insiste sur le fait que ce séjour est strictement transitoire et ne constitue en aucun cas une réinstallation permanente ou une relocalisation définitive.
Cet accord concerne uniquement des migrants qui ne sont pas originaires de la République Démocratique du Congo, mais que les États-Unis ne peuvent ou ne veulent pas renvoyer directement dans leur pays d’origine pour diverses raisons juridiques ou de sécurité.
Sur le plan financier, Washington prend en charge la totalité des coûts liés à l’accueil, à l’hébergement et au soutien des migrants.
Infrastructures : Des sites d’accueil ont été préparés aux abords de la capitale Kinshasa pour loger les arrivants.
Bien que le nombre total resterait encore flou, ce qui suscite des réactions négatives d’une certaine opinion, les rapports évoquent l’arrivée de groupes d’environ 50 à 100 migrants par mois.
La RDC affirme que chaque migrant est soumis à une revue individuelle selon les lois nationales et les exigences de sécurité. Les premiers arrivants auraient été admis avec des permis de séjour temporaires.
La société civile de la Rdc, et l’opposition congolaise critiquent cet accord et dénoncent un manque de transparence et une décision prise sans débat parlementaire.
Contreparties stratégiques :
Certains observateurs et analystes de la politique et des enjeux stratégiques lient cet accord à des partenariats plus larges, notamment un soutien financier de 900 millions de dollars pour le secteur de la santé en RDC et des accords sur les minerais critiques.
Réactions négatives des pays d’origine :
Des pays dont les ressortissants ont été migrés en RDC ont exprimé leurs indignations face au transferts de leurs citoyens en RDC.
C’est dans ce cadre que la Colombie, par la voix de son Président, a énergiquement dénoncé le transfert de ses citoyens vers un pays tiers sans leur consentement
A la suite de la Colombie, le Pérou et l’Équateur ont également réagi, bien que de manière plus nuancée
La réaction de l’Équateur :
Le ministère des Affaires étrangères de l’Équateur a confirmé la présence de trois de ses ressortissants à Kinshasa. Contrairement au ton frontal de la Colombie, d’Équateur a.plutôt choisi de projeter une certaine calme tout en signalant qu’il surveillait la situation de très près. Les autorités équatoriennes ont précisé être en contact régulier avec les familles de ces expulsés et assurent que leurs citoyens sont logés en sécurité dans un hôtel.
Pour ce qui est de leur retour à d’Équateur, le gouvernement a indiqué que le devenir des migrants dépendrait d’entretiens individuels pour déterminer s’ils souhaitent rester temporairement en RDC ou demander un retour assisté vers l’Équateur
En ce qui concerne la situation pour le Pérou, les ressortissants péruviens feraient pression au retour. A en croire des rapports récents, les migrants péruviens, tout comme les autres membres du groupe, affirmeraient subir des pressions pour accepter un retour volontaire dans leur pays d’origine, car aucune option d’intégration crédible ne leur est proposée en RDC
Protection juridique bafouée :
Des avocats basés aux États-Unis évoquent une protection juridique bafouée soulignant que ces migrants bénéficiaient de protections judiciaires américaines empêchant leur renvoi direct vers leur pays d’origine, rendant leur transfert vers un pays tiers comme la RDC juridiquement problématique
Plusieurs organisations de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme en RDC ont vivement réagi et auraient même entrepris des démarches pour dénoncer cet accord.
Jean-Claude Katende, président de l'[ASADHO (Association africaine de défense des droits de l’homme a qualifié cette décision d irréaliste et de risquée pour la sécurité nationale. L’organisation craint que le pays ne devienne un « dépotoir » pour des politiques migratoires étrangères alors qu’il peine déjà à gérer ses propres millions de déplacés internes
- De son côté, Justicia ASBL a officiellement demandé des éclaircissements sur la durée du séjour et le statut juridique des expulsés. Elle s’inquiète du manque de transparence d’un accord qui n’a pas été entériné par le Parlement congolais.
Mobilisation de la Société Civile « Forces Vives
Ce regroupement d’organisations avait déjà publié un communiqué conjoint le 9 avril 2026 pour rejeter catégoriquement le projet. Ils exigent que le gouvernement suspende l’accueil de nouveaux migrants, invoquant l’instabilité sécuritaire et économique de la RDC.
Qui du rôle de l’OIM ?
Bien que le gouvernement congolais ait sollicité l’assistance humanitaire de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), celle-ci a précisé dans un communiqué qu’elle ne jouait aucun rôle dans les accords bilatéraux et qu’elle se réservait le droit de suspendre son aide si les normes de protection des droits humains n’étaient pas garanties.
En résumé, la pression monte sur le gouvernement de Kinshasa, tant au niveau diplomatique qu’interne, pour clarifier les conditions de détention et d’avenir de ces ressortissants latino-américains. Et ce, malgré le fait sue d’autres expulsés du pays de l’oncle Sam sont attendus à Kinshasa
Philippe Dephill Lipo
