Le décor est celui d’une chambre d’hôtel feutrée, mais le spectacle est d’une violence inouïe pour le citoyen congolais. Dans une vidéo devenue virale, des « montagnes » de billets verts s’étalent avec une indécence rare, jetant une lumière crue sur les circuits opaques qui irriguent la capitale. Entre valises de dollars, sorties de fonds suspectes à la Banque centrale et saisies aéroportuaires, l’État congolais fait face à un séisme de crédibilité.
Le déshonneur filmé en haute définition
L’image est insoutenable pour un peuple congolais qui lutte désespérément chaque jour pour sa survie. Sur la séquence, un homme filme, presque avec désinvolture, des liasses de billets de 100 dollars s’empilant par centaines de milliers. On y parle de 200 000 dollars américains promis à un certain « X », tandis que le narrateur se targue d’avoir déjà empoché un million de dollars américains en liquide.
Le plus glaçant ?
La provenance revendiquée de ce trésor de guerre n’est, curieusement, autre que la Banque centrale du Congo (BCC). Dans l’hypothèse où ces affirmations seraient avérées, elles révéleraient une faille béante dans le coffre-fort de la nation, suggérant que les fonds publics s’évaporeraient au profit de réseaux privés avant même d’avoir servi l’intérêt général.
L’ombre d’un système organisé
Cette affaire, qui affecte les consciences populaires, ne s’arrête pas à une chambre d’hôtel. Elle s’étire jusqu’au tarmac de l’aéroport de N’Djili, où la saisie spectaculaire de 1,9 million de dollars a fini de mettre le feu aux poudres. Les protagonistes de la vidéo seraient liés à une structure d’assainissement de sites publics, bénéficiant de connexions hautement placées jusque dans les cercles du pouvoir.
La question brûle désormais toutes les lèvres : comment des sommes aussi colossales peuvent-elles circuler en espèces, hors de tout contrôle bancaire, dans les mains d’individus liés à la gestion publique ?
La justice au pied du mur
Face à l’indignation de l’opinion qui gronde, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a ordonné l’ouverture immédiate d’une enquête et la mise sous scellés des fonds. La CENAREF et les institutions nationales qui luttent contre le blanchiment des fonds sont désormais sur le pont pour traquer les traces de ce qui ressemble à un vaste système organisé.
Quoi qu’il en soit, pour l’opinion publique, le verdict est déjà tombé : ce scandale n’est pas un incident isolé, c’est le symptôme même d’un mal profond qui ronge depuis plusieurs années les rouages de l’État. Le peuple congolais attend désormais de voir si, pour une fois, la justice frappera aussi haut que le mal s’est propagé.
Philippe Dephill Lipo
