La motion de défiance visant le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a été rejetée ce mercredi 29 avril à l’Assemblée nationale, sans examen au fond. La décision est intervenue à la suite de l’adoption d’une motion incidente et préjudicielle déposée par le député national Garry Sakata.
Au total, 490 députés ont pris part à cette plénière décisive, convoquée au Palais du Peuple dans un contexte sécuritaire jugé préoccupant.
Déposée le 13 avril par le député Laddy Yangotikala, la motion mettait en cause la gestion du secteur sécuritaire par le vice-Premier ministre. Ses initiateurs dénonçaient notamment une recrudescence des actes criminels à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes du pays, ainsi que des failles dans la coordination des services de sécurité. Ils évoquaient également une réponse jugée insuffisante face aux préoccupations de la population.
Le texte pointait en outre des entraves au fonctionnement des institutions provinciales et locales, ainsi que des accusations d’excès de pouvoir, des griefs fondant le recours à la procédure de défiance prévue par l’article 146 de la Constitution.
Cependant, l’examen de fond n’a pas eu lieu. En amont, le député national Garry Sakata a introduit une motion incidente et préjudicielle qui a conduit au rejet pur et simple de la démarche. L’élu de Bagata a qualifié la motion de défiance de « corrompue », évoquant la présence, sur la liste des signataires, de noms de personnes ne siégeant pas à l’Assemblée nationale en qualité de députés. Il a également dénoncé une « surcharge » de signatures ainsi que des cas présumés de faux en écriture.
Cette position a été appuyée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, qui a reproché aux initiateurs de la motion le non-respect de la procédure relative à la gradation des moyens de contrôle parlementaire. Selon lui, ces derniers auraient confondu la motion de défiance avec une interpellation, en ne respectant pas les étapes prévues par le règlement intérieur.
Ces arguments ont pesé dans l’orientation du vote, la majorité des députés présents ayant choisi de soutenir la motion incidente, scellant ainsi le sort de la motion de défiance avant même son examen.
Réagissant à cette issue, le député Laddy Yangotikala a exprimé sa déception. « Le peuple nous observe. De toute façon, j’ai fait ma part », a-t-il déclaré. L’élu a également contesté les arguments avancés par certains collègues ayant remis en cause la qualité de député de plusieurs signataires. « Tous sont députés. J’ai d’ailleurs les vidéos filmées au moment des différentes signatures », a-t-il assuré.
Ce rejet sans débat illustre les rapports de force au sein de l’Assemblée nationale et intervient dans un climat politique marqué par des tensions autour de la gestion sécuritaire du pays.
À noter que, quelques heures avant l’examen de cette motion, l’Union Sacrée de la Nation (USN) avait appelé ses députés à voter contre. Dans une note interne signée par son secrétaire permanent, André Mbata Mangu, la plateforme présidentielle indiquait que le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait déjà annoncé un remaniement gouvernemental imminent. Elle exhortait ainsi les élus à ne pas « gêner la Haute Autorité Politique », seule habilitée, selon elle, à décider du maintien, de la permutation ou du départ du vice-Premier ministre.
La majorité reconnaissait la légitimité de la démarche parlementaire, tout en la jugeant inopportune dans ce contexte. Elle évoquait également l’hypothèse d’un rejet pour irrecevabilité, notamment en cas de désolidarisation de certains signataires, dans un climat politique marqué par l’annonce d’un prochain réaménagement de l’équipe gouvernementale.
Eldad B.
