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 » La mécanisation de l’agriculture africaine ne fonctionnera pas si nous ne changeons pas notre manière de faire « (Beth Bechdol/Directrice générale adjointe de la FAO)

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 » Depuis des décennies, la mécanisation agricole en Afrique repose sur une hypothèse tenace : si les tracteurs ont transformé l’agriculture ailleurs, ils feront forcément de même ici. On a donc importé de grosses machines coûteuses, conçues pour des terrains plats et des chaînes d’approvisionnement industrielles – et déclaré qu’il s’agissait d’un progrès « , à fait savoir Mme Beth Bechdol, Directrice générale adjointe de la FAO dans un article publié dernièrement.


Pourtant affirme-t-elle, les résultats sont visibles sur tout le continent : des équipements à l’arrêt, des pièces de rechange hors de portée, des coûts de maintenance supérieurs aux revenus agricoles, et des machines abandonnées après seulement quelques saisons.


Ce n’est pas un échec de l’agriculture africaine ni des agriculteurs africains. C’est un échec de l’approche.


À l’en croire, l’Afrique abrite plus de la moitié des terres arables non cultivées restantes dans le monde, mais l’essentiel de la production alimentaire provient encore de petits exploitants cultivant moins de deux hectares.

Trop souvent, les initiatives de mécanisation ont introduit des équipements surdimensionnés et coûteux, sans financement, formation, services de réparation ni appui après-vente. Faute d’analyses approfondies des besoins et de suivi, ces interventions se sont révélées inadaptées aux terrains et aux conditions de production locales, déconnectées des réalités des agriculteurs et, en fin de compte, non durables.


Pour Mme Beth Bechdol, ces limites techniques ont été aggravées par l’exclusion. Les femmes, qui assurent une grande part de la charge de travail agricole en Afrique, ont été régulièrement exclues de l’accès aux services de mécanisation, au financement, aux dispositifs de location et à la formation.


Des projets à court terme et fragmentés n’ont pas permis de bâtir les écosystèmes durables de compétences, de financement, de production et de services après-vente dont la mécanisation a réellement besoin.

Quid des conséquences ?

Selon Lu numéro deux de la FAO mondiale, les conséquences sont claires : des millions d’agriculteurs – principalement des femmes – continuent de dépendre d’outils manuels. La productivité reste obstinément faible. Et les jeunes quittent les zones rurales, percevant l’agriculture comme physiquement éprouvante, économiquement incertaine et déconnectée des opportunités.


Cette situation n’est pas inévitable. Elle est le résultat prévisible de la répétition d’approches qui ont échoué.
À ce sujet explique-t-elle, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), travaille avec les gouvernements africains et leurs partenaires, pour faire évoluer la mécanisation, en passant de la simple fourniture ponctuelle d’équipements à des systèmes portés localement, capables de développer les compétences, le financement et les écosystèmes de services.


La mécanisation durable offre une autre voie. Il ne s’agit pas de remplacer la main-d’œuvre, mais de la transformer. Elle englobe des outils, des équipements et des machines qui réduisent la pénibilité du travail, augmentent la productivité, améliorent l’accès aux marchés et renforcent la résilience, tout en s’adaptant aux réalités économiques, sociales et environnementales locales. Les femmes et les jeunes sont au cœur de cette transformation.

La mécanisation peut transformer des vies

 » Lorsqu’elle est bien conçue, la mécanisation peut transformer des vies « , rassure Mme Beth Bechdol.
En effet, lorsque les femmes ont accès à des technologies abordables et économes en main-d’œuvre, la productivité augmente, les revenus progressent et du temps se libère pour l’éducation, l’entrepreneuriat et la vie communautaire. Lorsque les jeunes disposent d’outils modernes, de formations et de financements, l’agriculture devient un travail qualifié et digne – des opérateurs et techniciens d’équipements aux entrepreneurs agroalimentaires et gestionnaires d’exploitations.


Mais cela ne se produit que lorsque la mécanisation est adaptée aux contextes locaux, correctement financée et conçue pour inclure celles et ceux qui ont longtemps été exclus.


 » J’ai été témoin de cette transformation. En grandissant dans l’exploitation céréalière familiale, dans l’Indiana rural, j’ai vu l’agriculture passer de longues journées de travail manuel à une agriculture de précision appuyée par les données. Ce qui reposait autrefois principalement sur la force physique s’appuie désormais sur des équipements guidés par GPS, des capteurs de sol, des images de parcelles et des outils d’aide à la décision en temps réel, qui améliorent l’efficacité, réduisent le gaspillage d’intrants et augmentent les rendements. Aujourd’hui, cette exploitation est dirigée par ma sœur – une agricultrice qui utilise les technologies modernes pour prendre, chaque saison, de meilleures décisions de production. La mécanisation n’a pas supprimé des moyens de subsistance : elle les a transformés en emplois plus qualifiés, plus productifs et plus durables, de génération en génération « , explique Mme Beth Bechdol.


Et d’ajouter :  » Cette expérience façonne ma vision de l’avenir agricole de l’Afrique. Bien menée, la mécanisation combinée aux outils numériques peut également transformer des millions de vies sur le continent – en augmentant les rendements, en réduisant les travaux pénibles et en renforçant les communautés rurales « .

Aller vers un système cohérent

C’est pourquoi souligne-t-elle, la Conférence africaine sur la mécanisation agricole durable (ACSAM) projetée du 3 au 6 février 2026 en République-Unie de Tanzanie, est si importante. Pour elle, cette conférence n’est pas une réunion de plus : c’est plutôt l’occasion de dépasser les projets pilotes dispersés pour aller vers un système cohérent à l’échelle du continent.

L’un des résultats majeurs à l’étude est la création d’un pôle permanent de mécanisation, détenu et piloté par l’Afrique – une plateforme destinée à aligner les plans nationaux, accélérer l’innovation locale, renforcer les partenariats de recherche et déployer à grande échelle des technologies respectueuses de l’environnement et centrées sur les agriculteurs.


En effet, Mme Beth Bechdol fait noter que, partout en Afrique, les premiers résultats montrent ce qui est possible lorsque cette approche est mise en œuvre.


En Tanzanie, des tracteurs compacts conçus localement et des outils de précision permettent aux petits exploitants, de travailler plus intelligemment, et non plus durement. Au Bénin, des coopératives de femmes utilisent des équipements de transformation à petite échelle pour produire des dérivés de soja et de manioc à plus forte valeur ajoutée.


Au Ghana, des machines adaptées ont réduit la transformation du fonio, qui prenait auparavant plusieurs jours de travail manuel, à quelques heures seulement, augmentant les revenus tout en améliorant la sécurité sanitaire et la qualité des aliments. Il ne s’agit pas de réussites isolées. Ce sont des modèles concrets qui peuvent être reproduits à grande échelle.


L’Afrique ne peut pas se permettre une nouvelle décennie de mécanisation fragmentée, qui gaspille les ressources et déçoit les agriculteurs. Les gouvernements, les investisseurs et les partenaires doivent agir dès maintenant – en soutenant l’innovation locale, en construisant des écosystèmes de services et de fabrication, et en élargissant l’accès au financement pour les agriculteurs, en particulier pour les femmes et les jeunes.  » Forte de mes racines agricoles, je sais que l’agriculture prospère lorsque les populations entrevoient un avenir dans lequel il vaut la peine d’investir. Le choix est clair : répéter des modèles dépassés ou s’engager en faveur d’une mécanisation inclusive, dirigée par l’Afrique, capable d’apporter productivité, opportunités et sécurité alimentaire « , conclut la deuxième personnalité de la FAO au niveau du monde.

José Wak.

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