Les défenseurs des droits humains en République démocratique du Congo disposent désormais d’un cadre de référence commun. Une coalition nationale inclusive, indépendante et participative a été officiellement lancée afin de renforcer leur protection, tant préventive qu’active, et de porter leur cause à tous les niveaux.
La cérémonie de lancement s’est tenue le jeudi 30 avril 2026 à Kinshasa, au Fleuve Congo Hotel. L’initiative, portée par le projet de protection des défenseurs des droits humains DefendDefenders et le réseau panafricain Africadefenders, a été largement saluée par les acteurs de la société civile congolaise.

Dans son allocution, la présidente du Forum pour les droits des jeunes et enfants au Congo (FODJEC) et membre d’Africadefenders, Mme Annie Bambe, a insisté sur l’urgence de renforcer l’engagement de la société civile, qu’elle qualifie de « voix des sans-voix » dans la lutte contre l’impunité. Selon elle, cette coalition constitue une réponse concrète aux insuffisances des mécanismes actuels de protection.
De son côté, le directeur exécutif de DefendDefenders, Hassan Shire, a indiqué qu’il s’agit de la 23ᵉ coalition du genre sur le continent africain. Il a rappelé que l’idée de sa création remonte à près de vingt ans, mais qu’elle avait jusque-là buté sur l’absence de consensus, en raison de contextes variés. Il a qualifié cette journée d’historique, marquée également par un hommage rendu aux défenseurs des droits humains tombés dans l’exercice de leurs fonctions.
La nouvelle coalition se donne pour mission de renforcer la protection de ses membres, d’assurer le suivi des cas de violations, notamment ceux ayant contraint certains défenseurs à l’exil, et de documenter ces situations. Elle ambitionne également de renforcer les capacités en matière de sécurité physique, de bien-être, de techniques de monitoring des violations des droits humains, et de plaidoyer auprès de l’Union africaine, des autorités nationales et des Nations unies.

Intervenant à cette occasion, le président honoraire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), le professeur Rémy Ngoy Lumbu, a exhorté les défenseurs à travailler dans l’unité, la solidarité et la cohérence du discours. « L’unité et la solidarité vont toujours de pair. Vous êtes des défenseurs des droits du peuple. Ensemble, vous êtes plus forts et plus efficaces dans vos interactions avec le gouvernement », a-t-il déclaré.
Par visioconférence, le président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Paul Nsapu Mukulu, a rendu hommage aux femmes et aux hommes engagés pour la dignité humaine. Il a encouragé les défenseurs à s’enregistrer auprès de son institution afin de bénéficier de mécanismes de protection, tout en réaffirmant l’engagement de la CNDH à accompagner cette nouvelle coalition.
Hommage aux héros tombés
La cérémonie a également été marquée par la présentation d’un rapport actualisé sur la situation des droits humains en RDC, intitulé « Héros au prix ultime ». Initialement élaboré en 2024, ce document met en lumière la dégradation de la situation des droits humains, en particulier dans les zones sous occupation de l’AFC/M23, et attire l’attention sur le sort préoccupant des veuves et des orphelins des défenseurs disparus.
Une minute de silence a été observée en mémoire de ces acteurs engagés, tombés dans l’exercice de leur mission.
Selon le directeur exécutif du Partenariat pour la protection intégrée (CPPI), Jonathan Magoma, ce rapport souligne l’urgence de réformer le cadre de travail des défenseurs des droits humains. Parmi les pistes proposées figurent la révision des textes législatifs pour mieux protéger les acteurs de terrain, le renforcement du secteur des médias en tant qu’allié stratégique, la consolidation de l’indépendance de la CNDH, ainsi que la mise en place d’un fonds commun pluriannuel pour répondre aux besoins prioritaires.
Présent à la cérémonie, le représentant des communautés autochtones pygmées, Jhon Kumu, a dénoncé les exactions et discriminations subies par les populations vivant dans des zones isolées. Il s’est toutefois réjoui du lancement de cette coalition, qu’il considère comme un processus inclusif. « Nous sommes prêts à unir nos efforts pour que nos voix soient entendues. Cette coalition va renforcer nos droits et notre capacité d’action », a-t-il affirmé.
