Harcèlement dans le milieu du travail: Mme Muyita Ankieta Mimi invite les victimes à dénoncer et à continuer à se battre pour obtenir réparation

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Le harcèlement au travail est un fléau qui détruit considérablement la société par son caractère négatif sur la productivité, le rendement et l’épanouissement dans le milieu de professionnel. Mme Muyita Ankieta Mimi, un témoin vivant, victime de cet acte ignoble et qui a pris le courage, trois ans après, de briser le silence, a développé une stratégie sur l’approche holistique d’un humain face à ce danger devenu monnaie courante dans les milieux du travail. Elle s’est exprimée pour parler d’elle et surtout de cette approche qu’elle a développée qui met en avant le corps, l’âme et l’esprit qui doivent se tenir ensemble pour maximiser la productivité socio-économique dans n’importe quel environnement. Elle invite les victimes d’avoir le courage de dénoncer et de continuer à se battre pour obtenir réparation. Ces dernières doivent utiliser toutes les ressources nécessaires mises à leur disposition pour retrouver leur dignité et leur confiance en soi. La rédaction du journal  » La Référence Plus », s’est entretenue avec elle sur ce thème important collé à notre vie quotidienne.

La Référence Plus : Présentez-vous auprès de nos lecteurs ?

Muyita Ankieta Mimi :  Je suis Madame Muyita Ankieta Mimi, Mama Mimi comme le public m’appelle. Mariée, mère de deux enfants, chrétienne kimbanguiste, détentrice d’un diplôme spécialisé en Science politique de l’Université de Montréal. Gestionnaire de formation avec un Master ès Sciences de l’Université de Montréal. Je suis présentement Travailleur autonome, Consultante administrative et Directrice générale chez Tobie’s Trading Agency. 

LRP:  Pourquoi ce thème :  » harcèlement en milieu du travail » ?

MAM: Je commencerai d’abord par définir le harcèlement comme étant le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créant à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Il ne s’agit pas ici d’une sorte de flirt, de manœuvres de séduction ou de manque de savoir-vivre ; il s’agit plutôt d’une atteinte au droit à l’égalité des victimes et à leur dignité humaine. Il est important ensuite, de souligner que le harcèlement peut se produire sur les lieux du travail ou pendant les heures du travail. Mais, il peut se manifester aussi en dehors des lieux et des heures de travail. A mon humble avis, le harcèlement en milieu de travail est un crime méconnu au public surtout dans les organisations. Or, il a des conséquences néfastes sur la victime, qui se verrait parfois contrainte de quitter son emploi, ou se voir refuser un poste, une promotion, une augmentation salariale et consort en raison de son refus des avances de son employeur ou de son supérieur hiérarchique voire de son collègue. Le harcèlement c’est un des éléments qui détruit considérablement la productivité, le rendement et l’épanouissement dans un milieu de travail. Ce milieu de vie commune qui devrait être une source d’énergie positive et apporter de la plus-value dans le développement humain, devient plutôt un handicap à cause de ce genre de violences qui a des conséquences économiques chez les individus, acteurs ou victimes d’un harcèlement en milieu de travail. Voilà pourquoi, étant victime moi-même de ce genre de comportement dans le passé, et ayant vécu les conséquences négatives de cet acte, j’estime que cela devient très pertinent de briser le silence, enlever le tabou ou tout inconfort là-dessus pour ouvrir d’abord le débat autour de cette question, ensuite comprendre et analyser le harcèlement sur toutes ses dimensions destructrices et finalement suggérer quelques pistes de solutions pouvant aider le monde en général et la République Démocratique du Congo en particulier à résoudre ce problème qui est en soi un fléau qui détruit notre épanouissement économique. Bien que les victimes de harcèlement au travail soient majoritairement des femmes, les lois protègent autant les hommes que les femmes qui en sont victimes. Car la victime pourrait même être du même sexe que l’harceleur. Ce dernier ainsi que les victimes du harcèlement sont tout de même visés par ses conséquences néfastes, donc personne n’est épargné.

LRP : Quelle est votre stratégie pendant cette campagne ?

MAM : Dans ma stratégie, j’utiliserai mes compétences communicationnelles interpersonnelles et organisationnelles, dans le but d’intégrer une compréhension mutuelle, la circulation et le partage de l’information auprès de mes collaborateurs ainsi que la mise en place des structures facilitant les échanges, l’interaction et la concertation nécessaires pour le bon fonctionnement dans une organisation. Étant gestionnaire sociale et politologue, mes compétences me permettent de centrer l’intérêt sur les humains et non sur les objets, à faire preuve de tact, de diplomatie et de tolérance pour travailler avec les autres dans des conditions de tensions ou de stress, surtout dans un environnement où la population concernée constitue une ressource productrice indispensable. C’est cela qui justifie d’ailleurs pourquoi je base ma stratégie sur l’approche holistique d’un humain qui met en avant le corps, l’âme et l’esprit qui doivent se tenir ensemble pour maximiser la productivité socio-économique dans n’importe quel environnement. J’envisage comme différentes stratégies :  des campagnes médiatiques, qui ont d’ailleurs déjà commencé à Dakar pour sensibiliser la communauté internationale dans leurs processus d’aides et soutien au développement socio-économique des pays de la périphérie, de tenir compte des divergences culturelles dans le vivre ensemble de nos populations par rapport à la question de harcèlement en milieu de travail. Je tiens à utiliser le digital, l’intelligence artificielle comme moyen de rapprochement à toutes les couches sociales de notre pays (la RDC) par le biais de la communication adaptée à ce genre de question afin que la conscience congolaise soit, au maximum, sensibilisée pour créer une ouverture de débat national autour de harcèlement en milieu de travail et de ses retombées néfastes ou nuisibles au développement socio-économique de notre pays.

LRP : Quel message adressez-vous et pour qu’elle mission et qu’elle est la cible ?

MAM : Mon message est simple : Mettons fin au harcèlement qui est un des éléments destructeurs de notre société. C’est un comportement qui ne contribue pas au développement du capital humain. Alors, si nous voulons apporter des vraies solutions à nos problèmes, il devient nécessaire de revoir le civisme dans notre société. Non seulement le harcèlement en soi est déjà une forme de violences mais elle est susceptible d’engendrer d’autres formes de violences graves punissables par le Code pénal de notre pays, peu importe les lieux et les circonstances. Étant donné, que nous sommes plus ou moins d’avis que le harcèlement constitue une infraction punissable par la loi, nous sommes donc conscients qu’il s’agit d’un fléau destructeur qu’il faudrait bannir dans notre société, en y mettant autant plus d’énergie que l’on pourrait mettre pour gérer les différentes guerres qui sévissent dans notre pays à l’instant même. Nous nous trouvons en face du désir malsain de la plupart de nos pays voisins qui veulent à tout prix obtenir par la force ce qui ne leur appartient pas. C’est de harcèlement psychologique, morale et physique contre nous qui crée un climat hostile sur nos populations qui se voient imposer de partager leur droit de sol à répétition avec certaines puissances étrangères qui croient maintenir le monopole de la raison et imposer à la RDC des conduites à tenir en leur faveur. C’est un comportement harceleur dû à la convoitise des pays voisins, ainsi le mal de vivre ensemble a engendré des conflits ethniques, tribaux et des guerres dans le territoire congolais. Nos pays voisins en connivence avec les multinationales nous harcèlent et abusent de leur pouvoir systémique afin d’obtenir par la force nos parties de terre et nos ressources naturelles. Ainsi, la RDC se trouve exposée au terrorisme et à toute sorte de violences pour partager par la force ce qui la revient de plein droit. Voilà, ce qui constitue le mobile de ma campagne de sensibilisation autour de harcèlement qui est un crime.  Toute citoyenne et tout citoyen qui se sent concerné menacé par le harcèlement dans son environnement proche ou lointain devrait se joindre à nous dans cette lutte noble pour le développement du capital humain en RDC. Donc, notre objectif est de sensibiliser au maximum notre société sur un des actes criminels qui est le harcèlement, afin que des mesures contraignantes soient appliquées, et pousser les décideurs à inscrire dans leur agenda, des politiques sociales efficaces pour répondre aux questions parfois métaphysiques liées au harcèlement qui affectent le développement socio-économique de notre pays.

LRP : Pourquoi vous êtes focalisez sur ce thème alors qu’il y en a d’autres pour la promotion des droits humains en général et des femmes en particulier ?

MAM : Je me focalise sur ce thème parce que je soutiens l’approche holistique qui serait selon moi, une des pistes de résolution de conflits et crises dans nos organisations. L’homme et la femme constituent une main d’œuvre identique dans toutes les activités génératrices de revenus. Que ce soit l’homme ou la femme, personne n’est au-dessus de la loi lorsque l’un ou l’autre commet un acte criminel punissable. Étant politologue et gestionnaire de formation, je considère les organisations comme des lieux de productivité et d’épanouissement pour l’humain peu importe son sexe. Voilà pourquoi, j’estime nécessaire d’aborder ce thème d’une façon générale pour intégrer l’humain dans ses valeurs et normes qui doivent maximiser l’exécution des politiques établies lorsqu’il s’agit d’une administration publique. D’être encore plus efficace dans la concurrence pour maximiser les intérêts lorsqu’il s’agit d’une administration privée et de se décentrer et mettre à l’avant le bien-être du prochain lorsqu’il s’agit de l’administration sociale. Puisque nous n’avons que ces 3 modèles d’administration dans le monde, dans lesquelles les hommes et les femmes, toutes tendances confondues, doivent collaborer au quotidien. Je ne pourrais pas en ce moment me focaliser sur le genre uniquement de peur de m’éloigner de ma vision holistique. Mon rôle est de développer une approche visant à promouvoir une plus grande équité dans les individus en utilisant bien attendu mes outils pour évaluer et répondre aux besoins réels de ces victimes de harcèlement en milieu de travail. Étant donné que ces derniers sont psychologiquement et physiquement traumatisées et sont souvent exclues de leur communauté, par leurs proches et par ceux qui sont censés les protéger après avoir dénoncé un acte de harcèlement ou toute autre forme de violences à leur égard, pour éviter à ce qu’elles soient abandonnées à leur triste sort et se retrouvent vite frappées par la pauvreté, je prendrai toutes les dispositions nécessaires en vue de prévenir en premier les faits de harcèlement dans une organisation, d’y mettre un terme en inventant une action pénale par exemple, en vue de la condamnation de la personne auteure du harcèlement. En effet, prendre en charge et faire bénéficier de protections prévues par la loi, les personnes qui ont subi ou refusé des faits de harcèlement, témoigné de faits de ce comportement ou relaté de tels faits, afin que chacun retrouve sa sérénité et sa tranquillité d’esprit. 

LRP : Quels messages pour les femmes et les hommes qui pratiquent ce comportement ?

MAM : Avant de répondre directement à votre question qui est très pertinente d’ailleurs, j’aimerai aborder ma réponse sur quelques bases qui régissent ma pensée. Pour ma part, il serait insensé de parler de harcèlement en milieu de travail comme un des éléments destructeurs du développement social sans faire référence aux croyances enracinées dans certaines valeurs, telles que la solidarité, la justice, la diversité culturelle et l’identité nationale. Il convient de souligner que les valeurs auxquelles croit le peuple congolais sont très importantes pour son épanouissement. La solidarité renvoie non à la charité mais à la responsabilité des individus et de la protection sociale. Revenant à votre question qui rejoint mes attentes finalement, parce qu’elle est inclusive, en somme, mon message est de dire NON, TOLÉRANCE ZÉRO à toutes formes de violences en général, le harcèlement en particulier, car cela serait un des éléments déclencheurs punissables par la loi. Les acteurs, tout comme les victimes de harcèlement subissent des conséquences néfastes après l’acte en soi. L’harceleur souffrirait de trouble de personnalité sans le savoir lui-même, il serait en manque de maîtrise de soi, d’acceptation du refus, d’incontinence, ou de besoin de domination malsaine qui le pousse à faire du forcing, dans le but d’arriver coûte que coûte à ses fins. Du coup, il deviendrait un danger pour lui-même et pour son environnement, il réduirait son rendement parce que ses priorités seront basées sur les objectifs négatifs à son propre épanouissement. Donc, à l’instant où l’harceleur serait informé de son comportement, cela devient très important pour lui de chercher de l’aide appropriée pour se faire soigner afin de sortir de ses faiblesses. Chez la victime, cela est encore plus destructeur car, les conséquences néfastes sur le plan psychologique, morale et économique sont tellement alarmantes que celle-ci se trouve complétement brimée dans ses droits, stigmatisée et exposée à toutes sortes de corollaires et violences liés au harcèlement après dénonciation ou témoignage de faits, comme élaboré profondément dans mes propos ci-dessus. Toutefois, j’aimerai encourager les victimes, malgré les intimidations, craintes de perdre tel ou autre élément de sa vie quotidienne, de continuer à se battre pour obtenir réparation, d’utiliser toutes les ressources nécessaires mises à leur disposition pour retrouver leur dignité et leur confiance en soi. J’invite toutes les couches sociales intéressées sur la question d’éradiquer le fléau de harcèlement en milieu de travail, de se joindre à moi pour qu’ensemble nous bâtissons une justice sociale équitable et un développement humain à la hauteur des Congolaises et Congolais en quête d’un avenir prospère et radieux pour notre cher et beau Pays, la République Démocratique du Congo. 

Propos recueillis par Bibiche Mungungu

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