Choquant et inhumain, tel aura été le témoignage de Wivine Paipo Ngweli, épouse d’Emmanuel Ramazani Shadary, donnant les détails sur l’enlèvement nocturne de son mari par des éléments supposés appartenir à la Garde républicaine.
Dans un message audio diffusé en lingala et devenu viral sur les réseaux sociaux, l’épouse de la victime relate les faits, les décrivant comme une intervention musclée et inattendue au domicile familial.
Selon elle, plus de quarante éléments des forces de sécurité, dont une dizaine portant des gilets pare-balles, auraient forcé la porte avant de faire irruption dans sa chambre à coucher, fouillant son bureau et emportant des téléphones portables. Enfin, ils seraient repartis avec l’intéressé à bord de jeeps, vers une destination inconnue de sa famille et de ses proches.
De son côté, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), par la voix de son secrétaire permanent adjoint, dénonce l’enlèvement de son secrétaire permanent, Emmanuel Ramazani Shadary, par des hommes en uniforme. Les faits se seraient produits tôt dans la matinée du mardi 15 décembre 2025, aux environs de 4 heures. L’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2018 aurait été conduit vers une destination jusqu’ici inconnue. Un acte que le parti qualifie d’acharnement contre les hommes politiques de l’opposition et pour lequel il exige la libération immédiate de Ramazani Shadary ainsi que celle d’autres membres du parti se trouvant dans la même situation.
Selon Ferdinand Kambere, cet événement intervient au lendemain d’autres actes survenus au domicile principal de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, président national du parti. Le secrétaire permanent adjoint du PPRD déplore amèrement que ces faits se produisent à un moment où l’opposition politique attend du pouvoir en place un climat d’apaisement et de sérénité, afin que tous les Congolais aient une lecture commune de la crise qui frappe actuellement le pays.
Convoqué autrefois par la justice congolaise, le fils du Maniema s’était vu interdire de quitter le territoire national, accusé d’être en intelligence avec la rébellion du M23. Son interpellation intervient dans un contexte politique particulièrement tendu entre le pouvoir en place et l’ancien président de la République, récemment condamné à mort pour trahison. Un jugement prononcé en l’absence de l’ex-sénateur à vie et que Shadary avait condamné sans réserve, estimant qu’il s’agissait d’une manœuvre visant à détourner l’attention de l’opinion publique des véritables problèmes auxquels le pays est confronté, notamment dans sa partie Est. Shadary avait également critiqué les accords de Washington et de Doha, qu’il avait qualifiés de revers diplomatiques.
Au moment où nous mettions cet article sous presse, La Référence Plus n’avait pas encore recueilli de réactions des autorités judiciaires ni des services de sécurité du pays concernant cette arrestation du secrétaire permanent du PPRD. Le motif réel de cette interpellation n’était pas encore connu du grand public.
Philippe Dephill Lipo
