La guerre que mène l’AFC/M23 contre la RDC, avec le soutien du Rwanda, risque d’embraser la région des Grands Lacs si l’on n’y prend garde. C’est la raison pour laquelle des analystes avisés appellent à l’implication des cardinaux, archevêques et évêques membres de l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACEAC).
Lors de leur 15ᵉ Assemblée plénière, tenue à Kinshasa du 10 au 14 décembre sous le thème : « Construction de la paix et accompagnement psychologique des victimes d’abus », ces princes de l’Église ont appelé à l’unanimité, à la fin de la guerre, à la construction d’une paix durable et au vivre-ensemble dans la sous-région des Grands Lacs.
Au regard de la dynamique du conflit violent qui s’est installé dans la sous-région, ces cardinaux, archevêques et évêques ont même réitéré leur appel au retour de la paix, tout en condamnant la situation critique dans la province du Sud-Kivu, en particulier dans la cité d’Uvira.
« Nous sommes profondément affligés par la résurgence des conflits et de la violence dans notre sous-région, et singulièrement dans les provinces de l’Est de la RDC. Nous pensons aux récents bombardements d’Uvira, dans le Sud-Kivu, et nous les condamnons fermement ; ils accentuent le risque d’un embrasement sous-régional avec leur cohorte de victimes, dont les morts, les réfugiés et les déplacés internes », ont-ils fait noter dans leur déclaration finale.
Appel à la cohabitation pacifique des populations
Pendant les travaux, l’un d’entre ces princes de l’Église catholique a lancé un appel à la cohabitation pacifique des populations des pays concernés.
Il s’agit du cardinal Antoine Kambanda, archevêque de Kigali, au Rwanda, qui a appelé à la cohabitation pacifique entre les peuples de la région des Grands Lacs.

Le prélat rwandais a particulièrement insisté sur la nécessité de restaurer la paix sur l’ensemble du territoire de la RDC et de multiplier les initiatives susceptibles de favoriser une paix durable dans la région des Grands Lacs.
« Malgré les conflits et les divisions que nous vivons, créons des ponts, car nous ne souhaitons pas vivre divisés. C’est un bon exemple que nous parvenions à nous rencontrer pour échanger nos expériences, discuter et voir comment construire la paix. Créons ce pont qui dépasse ces divisions et ces conflits pour témoigner de l’amour de Dieu dans notre société divisée », a préconisé le cardinal Antoine Kambanda.
Il a par ailleurs rappelé que les peuples de la région des Grands Lacs sont des « pèlerins de l’espérance », tout en exprimant sa conviction que la paix se construit progressivement. À l’en croire, le monde, et particulièrement la région des Grands Lacs, a aujourd’hui plus que jamais besoin de paix et de réconciliation.
Appel à un dialogue national inclusif en RDC
Pour sa part, l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo, a réitéré l’appel de la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) à la tenue d’un dialogue national inclusif.
La démarche d’un dialogue national inclusif vise à traiter les causes profondes de la crise sécuritaire qui frappe l’Est de la RDC, marquée par l’occupation de villes, territoires et localités du Nord et du Sud-Kivu par les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda.
« Quelle que soit l’intensité des violences et des conflits, la paix reste possible », a affirmé le cardinal Ambongo, avant d’inviter les populations des zones occupées à ne pas céder à la haine.
Il a également déploré l’occupation de la cité d’Uvira, quelques jours seulement après la signature de l’Accord de Washington entre le président Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame, sous la médiation du président américain Donald Trump, tout en soulignant les limites perçues de ces accords et d’autres initiatives qui excluent les Congolais et banalisent les pillages des ressources du Congo.
Pour Fridolin Ambongo, ces limites valident l’initiative portée par les évêques de la CENCO et les pasteurs de l’ECC, notamment l’élaboration d’un pacte social pour la paix et le vivre-ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs.
« À l’heure actuelle, ce pacte apparaît comme le chemin incontournable vers une paix authentique et durable dans notre sous-région », a-t-il affirmé.
Priorités de l’ACEAC : synodalité, justice et accompagnement des victimes
Les cardinaux, archevêques et évêques de l’ACEAC ont clôturé leurs travaux par un appel renouvelé à la paix durable, à la communion entre les Églises et à une pastorale attentive aux personnes vulnérables.
En effet, au terme d’échanges intenses sur les défis pastoraux de la sous-région des Grands Lacs, l’ACEAC a réaffirmé son engagement en faveur de la construction de la paix et de l’accompagnement psychologique des victimes d’abus, tout en condamnant les idéologies meurtrières dans la région des Grands Lacs.

Plaidoyer pour une mission de bons offices
Au regard des déclarations de ces princes de l’Église, se dégage le souci d’une paix durable. C’est ainsi qu’au niveau de l’opinion publique, des voix s’élèvent pour inviter tous les cardinaux, archevêques et évêques de l’ACEAC à mener une mission de plaidoyer auprès des chefs d’État de la RDC, Félix Tshisekedi, du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et du Rwanda, Paul Kagame, afin de les engager davantage en faveur du retour d’une paix durable dans la sous-région.
« Il est plus que temps pour que ces trois chefs d’État s’impliquent dans une politique de bon voisinage, une politique que nous avons perdue à cause de l’influence étrangère et des querelles internes », a lancé un ancien diplomate congolais sous le couvert de l’anonymat.
Visiblement ému, notre interlocuteur ajoute :
« À mon avis, cette mission de bons offices devrait d’abord consister à rencontrer individuellement chaque chef d’État, avant d’envisager une rencontre avec les trois chefs d’État réunis, conformément à la politique africaine de l’arbre à palabres. »
Quid de l’ACEAC ?
L’ACEAC est une structure de l’Église catholique regroupant les représentants des conférences épiscopales de trois pays francophones d’Afrique centrale. Il s’agit de la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) pour le Burundi, de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) pour la République démocratique du Congo et de la Conférence épiscopale du Rwanda.
Ayant son siège à Kinshasa, l’ACEAC est l’une des « régions » du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM-SCEAM).
José Wakadila
