La question des baux à loyer en République démocratique du Congo refait surface avec acuité, particulièrement dans la capitale, Kinshasa, où louer une maison devient un véritable parcours du combattant. La flambée des loyers, souvent jugés exorbitants, plonge de nombreuses familles dans l’incertitude, accentuant une crise sociale déjà palpable.
Dans plusieurs communes de la ville, notamment Ngaliema, Gombe, Bandalungwa, Limete, Kalamu, Kasa-Vubu, Lingwala, Barumbu, etc, des maisons d’habitation parfois délabrées sont proposées à des prix largement au-dessus des capacités financières de la majorité des ménages.
Face à cette situation, la population s’interroge : à quel saint se vouer lorsque l’État, garant de l’ordre public et du respect des lois, semble observer sans agir ?
Pourtant, la RDC dispose d’un arsenal juridique conséquent en matière de baux à loyer. La loi n°15/025 du 31 décembre 2015 relative aux baux à loyer non professionnels encadre strictement les relations entre bailleurs et locataires. Elle fixe notamment la garantie locative à l’équivalent de trois mois de loyer pour les baux à usage résidentiel et de six mois pour les baux à usage socio-culturel.
En complément, un Arrêté ministériel du 29 avril 2025, pris par le ministère de l’Urbanisme et Habitat, est venu renforcer ce dispositif réglementaire. Ce texte consacre l’obligation du contrat de bail écrit, instaure un contrat-type, organise l’enregistrement des baux comme mécanisme de contrôle, plafonne la commission à un mois de loyer et interdit formellement la commission du bailleur. Il prévoit également des sanctions en cas de dépassement des taux réglementaires et encadre les procédures de préavis et de déguerpissement administratif.
Malgré ces avancées normatives, la réalité sur le terrain reste préoccupante. De nombreux bailleurs continuent de fixer les garanties locatives et les loyers en violation flagrante de la loi, profitant de l’absence de contrôle effectif et du manque de sanctions dissuasives.
Sur les réseaux sociaux, les témoignages d’internautes traduisent un ras-le-bol généralisé.
Pour certains, louer une maison à Kinshasa n’est plus seulement un besoin vital, mais un luxe inaccessible. D’autres pointent du doigt un enchaînement de pratiques abusives dans plusieurs secteurs: transport, commerce, logement, qui finissent par se répercuter lourdement sur le coût de la vie.
« Lorsque chacun cherche son propre avantage sans mesurer l’impact collectif, c’est toute la société qui en paie le prix », déplore un internaute, dénonçant au passage le mutisme de l’État face à ces dérives.
Un autre va plus loin en estimant que l’État a renoncé à sa mission régalienne : salaires insuffisants, absence de contrôle du respect du Code du travail, coût élevé du transport et loyers inabordables. Autant de facteurs qui nourrissent un sentiment d’abandon et d’injustice sociale.
« Kin c’est New York ! Hausse des loyers : bientôt, Kinshasa va rattraper New York. Apparemment, les bailleurs de Kinshasa ont décidé de nous pousser à retourner vivre chez nos parents, avec nos femmes et nos enfants. EKOMI NINI ? », lance une page dénommée « Jeunes Patriotiques congolais ».
Alain Kyungu Mushidi relance l’alerte
C’est dans ce contexte tendu qu’Alain Kyungu Mushidi, acteur politique congolais et Secrétaire général adjoint de l’UDPS Kibassa, remet la problématique des baux à loyer au cœur de l’actualité nationale. Déjà, le 3 juillet 2024, il avait adressé une lettre ouverte au ministre de la Justice de l’époque, alertant sur les dérives persistantes du secteur et les risques sociaux liés à l’inaction de l’État.
Aujourd’hui, face à l’aggravation de la crise, cette lettre apparaît comme une alerte ignorée. Alain Kyungu Mushidi décide ainsi de la réactualiser et de l’adresser aux autorités compétentes, notamment au ministre de la Justice en fonction, avec ampliation au ministère de l’Urbanisme et Habitat. Son objectif est d’éviter à ce que la crise des loyers ne dégénère en un problème de société plus grave, aux conséquences potentiellement lourdes sur la paix sociale, la sécurité urbaine et la cohésion nationale.
Dans son plaidoyer, il insiste sur le fait que réguler efficacement les loyers, encadrer strictement les expulsions et garantir l’accès à la justice ne relèvent pas d’un luxe politique, mais bien d’une obligation légale et morale de l’État.
Alors que le gouvernement affiche, à travers des communiqués officiels, sa volonté de réorganiser et de moraliser le secteur des baux à loyer, de nombreux citoyens restent sceptiques. Pour eux, la question n’est plus celle des textes, mais de leur application effective sur le terrain.
Reste à savoir si les autorités transformeront cette alerte en actions concrètes, capables de restaurer la confiance des citoyens et de garantir un accès équitable et digne au logement pour les familles congolaises.
Eldad B.
