À partir du 30 octobre prochain, le stade Tata Raphaël changera d’appellation pour devenir le stade Ali-Foreman. Cette initiative, portée par l’homme d’affaires congolais Déo Kasongo, a été annoncée lors d’un point de presse tenu à Kinshasa le samedi 18 octobre, en marge de la célébration du 50e anniversaire du “combat du siècle” ayant opposé les boxeurs Muhammad Ali et George Foreman à Kinshasa en 1974. Cette annnonce a suscité de vives réactions et de nombreux débats au sein de l’opinion publique congolaise.
Lors de ce point de presse, Déo Kasongo, accompagné du boxeur international Mike Tyson, a exprimé sa gratitude envers le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi qu’envers le ministre des Sports, Didier Budimbu, pour leur accompagnement et leur soutien constant dans la valorisation de cet événement historique du sport mondial.
« Seul le stade changera de nom, pas le complexe », a-t-il précisé, insistant sur le caractère symbolique de cette décision visant à immortaliser un moment marquant de l’histoire du sport mondial.
Certains observateurs estiment que ce changement vise à honorer cette page historique et à rappeler aux nouvelles générations l’importance de ce combat pour la boxe mondiale et pour la fierté nationale.
Un internaute a ainsi réagi : « Ali et Foreman ont mis la RDC sur la carte mondiale de la boxe, un sport en plein essor. Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Ce changement de nom est un pivot stratégique qui place le pays au cœur de l’actualité sportive. Très bien inspiré. »
Une décision controversée
Cependant, d’autres congolais dénoncent ce qu’ils considèrent comme une tentative d’effacement de la mémoire du Père Raphaël de la Kethulle, figure majeure du sport et de l’éducation en RDC.
« Nous ne pouvons pas effacer ou tronquer l’histoire de notre pays sous l’effet de l’émotion. Concrètement, Ali et Foreman n’ont rien fait pour la RDC. », a réagi l’homme politique Adam Bombole.
Un autre Congolais s’interroge : « Qu’ont apporté Ali et Foreman à ce pays pour mériter de remplacer le nom d’un homme qui a tant donné dans le domaine éducatif, sportif et religieux ? »
« Le combat d’Ali et Foreman en 1974 n’était pas gratuit : les boxeurs ont été payés. Le stade Raphaël, lui, a été construit grâce au Père Raphaël. On veut donc remplacer le nom d’un bâtisseur par celui de deux athlètes de passage. Ce stade, c’est toute une histoire, c’est notre jeunesse ! Quelqu’un se réveille et décide d’effacer tout cela ! », ajoute un autre internaute.
Pour une partie de l’opinion, rebaptiser le stade Tata Raphaël au nom d’Ali et Foreman revient à agir sous le coup de l’émotion et du sentimentalisme, sans tenir compte de la valeur historique et culturelle du nom actuel.
Qui était le Père Raphaël de la Kethulle ?
Il est important de rappeler que le nom « Stade Tata Raphaël » rend hommage au Père Raphaël de la Kethulle de Ryhove, missionnaire belge ayant joué un rôle crucial dans le développement de l’éducation et du sport en RDC.
Affectueusement surnommé « Tata Raphaël ». Tata signifiant père en lingala, il est à l’origine de la création de plusieurs établissements scolaires à Kinshasa, dont le Collège Saint-Joseph (Elikya) et le Collège Notre-Dame du Congo.
Il a également fondé plusieurs clubs de football, notamment l’Union Sportive de Léopoldville (USL) et le Daring Club Motema Pembe (DCMP), ainsi que de nombreux stades, dont celui qui porte aujourd’hui son nom.
Né à Bruges, Raphaël de la Kethulle, fils d’Henri et de Victorine Coppieters, fit ses études chez les Frères Xavériens avant d’entrer, en 1908, au noviciat de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (Scheutistes).
Ordonné prêtre en 1914, il servit comme brancardier pendant la Première Guerre mondiale avant d’être envoyé, en 1917, en mission au Congo belge, à Léopoldville.
Dès son arrivée, il s’engagea en faveur de la jeunesse congolaise : ouverture de la première école à Kinshasa, création, en 1922, du premier groupe de scoutisme congolais, construction, en 1931, de son premier stade, ouverture, en 1933, d’une école moyenne et organisation des premières compétitions sportives congolaises.
En 1945, il institue le cycle complet des humanités au Collège Saint-Joseph.
De 1917 à 1954, il fonde plusieurs écoles, clubs sportifs et associations, devenant l’un des pionniers du sport et de l’éducation moderne au Congo.
Le 25 juin 1956, le Père Raphaël décède à Woluwe-Saint-Lambert, en Belgique. À la demande de la population de Kinshasa, sa dépouille a été rapatriée et inhumée le 28 juillet 1956 près du stade Roi Baudouin.
Le stade Tata Raphaël sera ensuite baptisé en son honneur, en reconnaissance de son œuvre éducative et sociale.
Eldad B.
