Le docteur Denis Mukwege hausse le ton contre les processus de Washington et de Doha. Dans une déclaration signée le 25 novembre, le Prix Nobel de la paix accuse frontalement les processus de Washington et de Doha de compromettre l’avenir de la République démocratique du Congo.
A l’en croire, ces initiatives diplomatiques, présentées comme des avancées, ne sont qu’un nouvel épisode d’accords conçus loin du peuple congolais et incapables d’apporter une solution durable à la crise dans l’Est du pays.
Le Dr Mukwege rappelle que depuis plus de 150 ans, les grandes décisions concernant le Congo se prennent sous influence extérieure. Washington et Doha ne feraient pas exception. Les pourparlers sont, selon lui, menés sans transparence, sans inclusion des Congolais, et surtout sans volonté réelle de s’attaquer aux causes profondes du conflit.
À Doha, seuls deux des huit protocoles annoncés ont été paraphés, dont le mécanisme de libération des détenus et celui de suivi du cessez-le-feu. Mais sur le terrain, le M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC) ont continué leurs opérations offensives, violant le cessez-le-feu dès les premières heures.
Dans la foulée, le gynécologue congolais estime que les initiatives diplomatiques se limitent à des communications triomphales, sans impact réel sur la vie des populations.
Il souligne que la signature de l’accord de Doha intervient alors que le Rwanda n’a pas retiré ses troupes du territoire congolais, en violation de la résolution 2773 de l’ONU, et continue de diriger les opérations du M23 dans les zones occupées.
Cette absence de résultats concrets se traduit, selon lui, par une succession de « non-événements », alors que les violences persistent. Il cite notamment le massacre de 22 civils à Irhambi/Katana, attribué à des éléments du M23/AFC dans la nuit du 23 au 24 novembre.
Un risque d’“annexion de fait’’
Le Docteur Mukwege estime que la situation observée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu « s’apparente à une annexion de fait ». Le Rwanda exercerait, selon lui, une autorité illégale dans les zones occupées, tandis que certains acteurs économiques étrangers profitent de la vulnérabilité du pays pour accéder aux ressources minières stratégiques.
Par ailleurs, il dénonce un double piège pour les Congolais : d’un côté, un gouvernement national accusé d’« irresponsabilité » dans la protection de la souveraineté ; de l’autre, des forces étrangères imposant leur contrôle par la force.
Le Prix Nobel de la paix appelle la communauté internationale à cesser de fermer les yeux. La paix dans l’Est, affirme-t-il, passe par des sanctions fortes contre les acteurs impliqués, le retrait des forces étrangères et le démantèlement des administrations parallèles dans les zones occupées.
Il insiste également sur l’urgence d’inclure véritablement les communautés locales et les victimes dans tout processus de paix.
« Aucun agenda politique, qu’il soit national ou géostratégique, ne peut primer sur le droit du peuple congolais à la sécurité, à la justice et à la souveraineté », insiste-t-il.
« Il est temps que les Congolais reprennent leur destin en main »
L’occasion faisant le larron, Mukwege estime que les conditions d’une paix durable ne sont pas réunies. Les intérêts miniers, les Calculs géopolitiques et les compromis diplomatiques continuent, selon lui, de primer sur les droits humains.
Il appelle les Congolaises et les Congolais à refuser d’être la variable d’ajustement des rivalités régionales et internationales : « Il est temps que le peuple congolais recouvre sa dignité et prenne en main son destin. »
Eldad B.
