Un nouvel éboulement a violemment frappé, mardi dernier, le site minier de Kasansa, dans le carré minier de Rubaya, situé dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu).
Différentes sources locales évoquent un bilan provisoire de plus de 200 personnes décédées et de dizaines d’autres qui s’en sont sorties avec des blessures. Elles précisent que les victimes étaient principalement des creuseurs artisanaux de coltan et des commerçants installés autour du site. Ces derniers vendent de l’eau, de la nourriture, des outils de travail et d’autres petits effets.
L’éboulement a eu lieu au milieu de l’après-midi (15h30, heure locale), alors qu’aucune pluie ne tombait sur le site au moment de la catastrophe. Toutefois, le danger d’y travailler était bien visible, l’endroit étant marécageux, instable et de plus en plus fragilisé par les fortes pluies ainsi que par les excavations répétées.
Jusqu’au moment où nous mettions l’article sous presse, des opérations de secours étaient toujours en cours afin de retrouver d’éventuels survivants et probablement d’extraire d’autres corps sans vie des décombres.
Ce énième drame relance une fois de plus l’épineuse question de la sécurité dans les sites miniers artisanaux de la région, de plus en plus confrontés à des accidents tragiques. La zone, sous contrôle de la rébellion, reste marquée par l’insécurité et la précarité.
À en croire des exploitants à Rubaya, les conditions de travail dans ces carrières artisanales sont extrêmement dangereuses : les tunnels sont creusés sans normes de sécurité, souvent sur des terrains instables fragilisés par des années d’exploitation. Cela explique en partie pourquoi ce site, autrefois touché par une tragédie similaire, demeure particulièrement dangereux.
Actuellement à Rubaya, l’atmosphère demeure lourde : de nombreuses familles, dans le désespoir, sont toujours sans nouvelles de leurs proches, tandis que les secours – souvent composés de volontaires – luttent pour dégager les corps enfouis sous des tonnes de terre.
Contactés, plusieurs habitants du lieu avouent que la communication serait limitée autour de ce nouveau drame. Des témoignages indiquent que des individus qui étaient en train de filmer ou de prendre des photographies auraient été immédiatement interpellés par les militaires du M23, qui occupent illégalement la zone.
Ce drame survient à peine un mois après la catastrophe du 28 janvier, qui avait fait plus de 400 morts. Malgré ces tragédies, l’exploitation artisanale continue, poussée par la misère et l’absence d’alternatives pour les jeunes de la région. Il est rapporté que chaque jour, des centaines de jeunes gens descendent, à leurs risques et périls, dans des puits profonds creusés sans normes de sécurité sur des terrains pourtant instables, fragilisés par des années d’exploitation.
Des vies fauchées dans une mine où l’activité ne s’arrête jamais : elle poursuit son cours, poussée sans conteste par la pauvreté et surtout par l’absence d’autres alternatives pour de nombreux jeunes du terroir.
Dans le territoire de Masisi en général, l’exploitation artisanale semble rester l’unique activité génératrice de revenus, malgré les risques qui y sont associés.
Les autorités du pays dénoncent sans cesse une exploitation illégale des minerais de la République démocratique du Congo par le Rwanda et la rébellion du M23, tout en laissant la zone minière sans contrôle. En même temps, les appels à une intervention urgente se multiplient pour prévenir de nouvelles pertes en vies humaines.
Philippe Dephill Lipo
